Le pain dur
Ils avaient gardĂ© le pain dur, ou le pain trop mou, celui quâon ne mange pas. Dans un grand sac, âpour les oiseauxâ. Et puis quand le sac a Ă©tĂ© assez plein, ils sont allĂ©s au bord du lac. Pour voir les cygnes, les oies, les canards. Ceux qui passent lâhiver sur le LĂ©man, qui sont friands de ce pain qui leur fait du mal. Mais les grands oiseaux ne sortent pas quand souffle la bise. Ils restent cachĂ©s, protĂ©gĂ©s. Seules les mouettes sont assez courageuses, assez folles, pour sortir. Ces jours-lĂ , le lac et la rade leur appartiennent, et elles surfent sur le vent, comme un rappel de lâocĂ©an. Ils nâont pas vu les cygnes, les oies, les canards. Mais ils avaient fait le dĂ©placement. Alors ils ont nourri les mouettes.